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Et si...

Il avait pris sa voiture. Il ne pleuvait pas, il ne neigeait pas non plus. Pas d’avis de tempête, pas de vent, pas de grève des cheminots.

Fatigue. Passage à niveau. Coup de frein ou pas. Bon ou mauvais réflexe.
Accélérer sur la voie, tourner le volant à droite ou à gauche. Tirer sur le frein à main. Fermer les yeux, se laisser aller.
Le conducteur du train n’aurait pas le temps de s’arrêter, il verrait ses yeux horrifiés. Il pourrait même lui faire un signe de la main, comme un au revoir.

S’il a assez d’énergie pour accélérer, la rame frôlera l’arrière de la voiture. S’il ne bouge pas c’est l’avant qui va prendre. Se laisser trainer par le pare-choc. A moins que dernier ne soit arraché de la voiture et reste accroché au train.

Il préférerait que ce soit ses jambes qui soient coupées. On peut vivre sans jambes. Il est trop près pour que le véhicule ne subisse pas le souffle du train. Il y aura des dégâts.
Il pourrait sauter à l’arrière, se recroqueviller entre les sièges et attendre. Il pourrait sortir, très vite, abandonner le véhicule au milieu du passage à niveau. Le moteur n’a pas calé. Il pourrait couper le contact, il n’a pas encore décidé.

Et si la rame est stoppée quelques kilomètres avant ? Par un désespéré déterminé. Alors, il faut que cela survienne avant le passage à niveau, pas après. Si le « suicidé » décide de se jeter sous les rails après, il ne pourra atteindre son objectif. Il devra rester en vie et trainer sa dépression plus longtemps.
Il y a une autre solution. Partir à sa recherche, lui parler. Mais de quel côté se diriger ? S’il se trompe, ils resteront seuls tous les deux sans savoir que l’autre existe. Comment faire pour se rencontrer ? Et si c’était un chien qui traverse ? Un sanglier ? Quel que soit l’obstacle, les barrières resteraient fermées et le train arriverait au moins avec une heure trente de retard. Ça lui laisserait le temps de se reprendre. Il ferait marche arrière en chicane entre les barrières et retournerait chez lui. Ce serait l’heure du petit-déjeuner. Il rentrerait dans l’appartement sans bruit et préparerait le café, comme s’il n’était jamais parti.

L’alarme du passage à niveau siffle dans ses oreilles. Plus que quelques secondes avant le choc. Dans une autre vie, il sera seul, sans femme, sans enfants, sans amis. Le chien, le sanglier ou l’homme n’auront pas besoin d’exister. Il n’aura pas besoin de fuir puisqu’il n’aura rien à quitter. Il n’entendra pas le crissement des freins de secours de la locomotive, les cris d’horreurs des passagers, le fracas de la tôle froissée, le craquement de ses os écrasés par la machine.

Tag(s) : #Mauvais genre, #Des fois j'écris...

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