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Je marche.
Un pied 1/2 pouce soit x cm multiplié par deux pieds pour deux jambes,
Intervalle entre deux pas pour un homme de taille moyenne si la marche est régulière,
ça fait
loin.
Les pieds se tordent sur les cailloux, essaient d’éviter les plus gros, trébuchent dans la terre boueuse, dévient de leur trajectoire.
Démarche chancelante,
dans les chaussures éculées les pieds sont engourdis,
perdue la ligne droite.
Là-bas, le pas cadencé orchestré des bottes cirées croisées
autrefois sur le bandeau lisse de la route.
Economiser ses pas pour vaincre la fatigue, pour garder l’espoir.
Combien jusqu’au mur combien jusqu’aux barbelés ?
Loin.

Je suis perdu.
Comment dire qu’on est perdu quand on ne sait pas où on va ?
dans quels lieux ?
dans quel monde ?
vers quoi ou vers qui ?
Quand on ne choisit plus de revenir en arrière et qu’on ne sait où aller,
quelle ville ? grande ? petite ?
quelle montagne ?
Beau temps ? pluie ? neige ?
Quand on ne sait pas où sont les fleuves les plaines les montagnes,
les hommes,
quand on a tout perdu ?
Que faut-il imaginer pour demander son chemin ?
Comment inventer un sentier une route un paysage une maison,
un bruit une odeur une lumière,
comment les reconnaître,
comment naître avec dans un monde inconnu
quand on n’a plus rien ?
Comment dire le rien comment le définir,
comment le remplir ?
Comment parler à l’autre
et de quoi ?

Je cherche.
Je cherche la main tendue qui m’accueillerait
derrière le mur
là où les hommes chantent où les enfants rient,
les bras tendus qui s'ouvriraient.
Je cherche les yeux de celui qui s’arrêterait sur ma route et son regard bienveillant,
ce regard
qui s’attarderait dans le mien,
ce regard qui n’aurait pas peur.
Je cherche le sourire qui m’envelopperait de sa douceur et me dirait Viens.
Je cherche le chemin qui m’amènerait vers lui, le trottoir qui guiderais mes pas, le quai où j’embarquerais.
Je cherche l’étoile du berger, la mousse sur les arbres,
j’écoute le bruit du vent, je renifle la brise marine, je largue les amarres,
j’entends le clapotis des vagues, le bruit des drisses dans les haubans,
je suis capitaine.


Je traverse.
Plaquer son corps tout entier contre le mur,
y coller sa tête au risque de la faire éclater,
Dessiner sur le mur la marque de ton corps comme une peinture indélébile,
y marquer son empreinte comme le moulage d’une sculpture,
appliquer le moindre centimètre pour se fondre dans le béton,
ne faire plus qu’un avec le mur,
sous la pluie, sous l’orage, sous le soleil,
faire surgir les couleurs
les faire passer de l’autre côté,
traverser.

La frontière.
Une ligne que l’on ne voit pas et qui traverse
un espace une route une forêt un champ une ville,
une ligne en travers comme un rayon laser qui transpercerait ton corps
si tu la franchis.
Une ligne qu’on a dessinée pour toi, pour arrêter tes pas,
pour que tu te sentes étranger.
Un autre côté où il est de bon ton de ne pas être
comme toi,
sinon la ligne est inutile
et il faut qu’elle existe.
Une ligne qu’on montre du doigt et qui dit Attention,
de l’autre côté est le diable,
de l’autre côté c’est l’anarchie,
de l’autre côté est l’ennemi.
Si tu passes
de l’autre côté, tu es un traitre,
un salaud un déserteur.
N’y vas pas,
ne dis pas que tu veux y aller sinon c’est la prison,
la torture la mort.
Alors, en équilibre sur un pied,
tu enjambes délicatement la ligne et poses
le second pied de l’autre côté,
comme pour faire un pont.
La ligne passe en cet instant au milieu
de ton corps,
tu restes immobile et tu attends.
Nulle arme foudroyante, nul feu de l’enfer,
nulle rafale de mitrailleuse ne coupent ton corps en deux,
rien.
T’aurait-on menti ?

Tag(s) : #Des fois j'écris...

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