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Parmi les auteurs que je n'avais jamais lu, question qui m' été posée en 2012, il y avaijt, entre autres, Simone de Beauvoir. J’ai choisi Lettres à Nelson Algren sur les conseils de mes amis facebook du groupe des Têtes de l’Art. Pourquoi avais-je toujours refusé de lire Simone de Beauvoir, je ne le sais toujours pas réellement aujourd’hui, quoique...

De 1947 à 1964, 304 lettres à l’homme qu’elle aime et qui l’aime. La vie des intellectuels et artistes qui peuplent la capitale, Simone nous fait aussi découvrir Algren, auteur intraduisible en français d’après elle, et un superbe talent. Simone sort grandie de cet amour impossible à cause de leurs engagements respectifs. Au fur et à mesure de ces nombreuses années, elle apprend à aimer à distance même si elle en souffre souvent. Le contexte politique international rend difficile l’obtention de visas pour l’un et l’autre.

Simone est une vraie femme, pourrait-on dire, et cela a quelque chose de rassurant, elle est coquette, elle est attentive à ses toilettes et à celle des autres, elle est sensible à la beauté des gens (elle en est parfois un peu garce), des choses, des paysages. Elle adore marcher des heures en montagne, c’est une sportive à sa façon.

Elle est surtout le témoin de son temps, de l’après-guerre, de l'arrivée de la télé dans les foyers, des rasoirs gilette rouge qu'Algren envoie à Sartre car on n'en trouve pas en France, c'est une femme engagée en politique avec Sartre qui évoque les ambiances qu’elle traverse et ses engagements : l’arrivée de de Gaulle au pouvoir, la guerre froide, la guerre d’Algérie… Exemple : « deux grands fléaux viennent de s’abattre sur le monde, la peste en Egypte et de Gaulle en France »

Elle dresse des portraits sarcastiques et désopilants de ses congénères en peu de mots, on la croit sincère puisqu’il s’agit d’une correspondance privée :

Mouloudji, le garçon mi-breton, mi-arabe,

Gérard Philippe, coqueluche des petites filles,

Giacommetti et sa crasse,

Koestler, triste débris,

Jouvet, metteur en scène emmerdeur,

Brasseur, malade du sexe,

Boris Vian, chargé un temps de traduire Algren mais n’avance pas très vite,

La bande des tapettes : Jean Cocteau, Genet, et d'autres...

Ponge, le poète communiste des cailloux,

Camus, devenu puant et pro-américain,

Bourvil,

Duras,

Violette Leduc, qu’elle nomme une seule fois et appelle tout au long du livre : la femme laide,

Une véritable galerie de portraits.

Elle parle aussi de l’Académie Goncourt, « espèce de mafia molle, conformiste sans valeur", ce qui ne l’empêchera pas de l’obtenir.

Elle ne demande jamais à Algren d’abandonner ses habitudes et n'envisage jamais  d’abandonner les siennes ; elle le sait dès le départ et lui dit, elle avoue après quelques années : « je ne pouvais pas abandonner Sartre, l’écriture, la France ». Ainsi elle décide très vite qu’elle « donne son cœur mais pas sa vie ».

Le lecteur peut se demander ici si son choix est véritable et quelle place a joué Sartre dans ce choix. Il est vrai qu’elle aime la vie qu’elle mène, voyages, rencontres, littératures, combats politiques et qu’on sent qu’elle ne veut pas les abandonner. Simone aime la vie trépidante qu’elle mène. Ce choix pour elle est incompatible avec une vie avec Algren, l’un des deux y laisserait une partie de son âme. A la lecture des lettres, le lecteur peut penser que c’est surtout elle qui y perdrait mais elle est capable de surmonter, pas Algren. Il veut l’épouser, elle refuse, il la repousse, il épouse de nouveau sa première femme, cela ne dure pas, Simone le hante sans arrêt, il revient vers elle et elle vers lui.

Pendant toutes ces années, elle tente de faire reconnaitre dans le monde l’auteur qu’il est, sans véritable succès. Elle demandera à Boris Vian de le traduire... Il finira sa vie seul et sans le sou. Des films adaptés de ses romans ont été tournés, notamment à Hollywood, il ne touchera jamais de droit d’auteurs.

Il se fâche lors de la sortie des Mandarins, pure fiction (trop fictionnelle pour lui ?) dont il était averti dès le départ, mais a priori cette petite goutte fait déborder le vase.

A lire comme on écrit une lettre, en prenant le temps, celui aussi de guetter le facteur. Le choix des Lettres à Algren est le bon pour ceux qui ont été énervés dans leur jeunesse par le couple existentialiste qui envahissait les médias de l’époque et qui n'adhèrent pas complétement aux engagements du couple. Je ne lirai pas les autres œuvres de Simone de Beauvoir, enfin pas pour l’instant. Il m’est arrivé de la traiter de petite peste, de midinette voire de sal… mais qui est aussi sincère, généreuse, sans faux-semblants dans l'intimité. Une question reste suspendue néanmoins, pourquoi n’a-t-elle pas choisi l’amour ? Trop risqué pour sa carrière ? Trop bouleversant par rapport à ses engagements ? Simone de Beauvoir a été enterrée avec l'anneau que Nelson lui avait offert.

Une chose est sûre (?), Nelson l'a rendue humaine.

Une superbe plume en tous cas, mais qui en aurait douté ?

Nelson Algren, Never come morning

Tag(s) : #Des fois j'écris..., #Chroniques livres

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