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Pendant la leçon de géographie du cours moyen

A l’école communale

On te disait que de l’autre côté

De la mer c’était encore et toujours la France et tes yeux incrédules

Ecoutaient la maitresse

Scrutaient la France toute en vert sur le mur

Des cartes déchirées du monde

Du globe terrestre qui illuminait

Le petit bureau de ta chambre qui reflétait

Les espaces verts

Qui te rendait si triste que tu faisais tourner

La terre

Le plus vite possible avec tes petites mains

Jusqu’à ce que les couleurs disparaissent

Dans la lumière de la ligne de l’équateur qui noyait les continents

De l’espace bleu

Au-delà de la mer où vivaient les enfants

Avec qui tu ne pourrais jamais jouer parce que

C’était trop loin et que la mer

Vous séparait

Pour toujours et que tu nommais tes cousins

Qui passaient toute l’année au soleil qui leur donnait

Ce teint si mat même si on te disait

Qu’il y avait aussi les montagnes froides et enneigées

De l’Atlas

Qui sonnait comme un mot magique

Donnait corps à ces reliefs et à ces enfants

Devait donner les clés du monde que tu ne trouvais pas

Quand tu tournais les pages

Du livre

Les frontières ne te racontaient rien

Ni les mots

Chuchotés

Interdits

Qu’il ne faut pas prononcer

A haute voix sinon les visages se ferment

Car tu es trop petite

C’est ce qu’on te dit

Et ton regard ne doit pas

Croiser celui du jeune soldat qui rentre de permission

Se jeter dans les bras de sa mère

S’attarder sur les mots tracés à la peinture noire sur les murs de pierre qui taisent la voix

De ceux qui sont revenus sur un bout de terre

Même la plus stérile et font pousser

La vigne

Qui se dore au soleil qui les a accueillis

Avec fatalité comme on accueille

Un parent éloigné qu’on a perdu de vue

Depuis trop longtemps et à qui on fait une place parce qu’il pleure

Meurtri

Plein de rancœur et qui se lamente

Tu ne sais pas

Si le temps

Guérira les blessures

Aussi de celui qui se tait

Qui a traversé le bleu de la mer sur un vieux rafiot

Qui t’apprend les saveurs nouvelles d’un barbecue bricolé

Sur le trottoir

Le Dimanche

Où ta grand-mère tient boutique

Parce qu’il faut bien lui faire une place dans le village

Où il vit solitaire

Et qui attend

Les femmes restées là-bas et qui sont venues

Un matin de printemps

Dans la cour de l’école

Quand les amandiers refleurissaient et que tu as reconnues

Avec leurs longs cheveux couleur de cuivre

Dans un vertige de mots qu’on t’a envoyés

Dans un seul souffle

Pour tourner la page d’une histoire que tu ne comprenais pas

Expo collective 50 Indépendance Centre culturel Algérien PARIS 15e - juillet 2012

Tag(s) : #Des fois j'écris...

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